La crise financière actuelle nous interroge sur la confiance que nous faisons à nos banques, et au-delà, à nos institutions. Faut-il croire que les français ont un système bancaire stable et bien portant ? Que les dépôts sont garantis ? Que personne ne sera lésé ?
Faut-il croire aussi l’autosatisfaction des dirigeants de banque traduite dans leurs derniers rapports annuels et surtout dans l’augmentation encore récente de leurs rémunérations. Faut-il croire nos économistes de service qui encore tout récemment écrivaient que, comme pour le nuage de Tchernobyl, la France ne serait pas touchée ? Mais alors, faut-il croire enfin à l’union sacrée des dirigeants européens pour sauver les banques afin de nous protéger ? La sécurité publique serait elle menacée ?
Plusieurs réponses sont alors à fournir : de quelles banques parle-t-on et comment nous ont-elles conduits vers cette catastrophe ? Comment éviter le pire et comment se protéger à l’avenir ? Que faire des banquiers ?
Une comparaison parait d’entrée de jeu, adaptée à cette situation.
Lorsqu’à la suite d’intempéries des courts-circuits ou des surtensions se produisent dans le réseau électrique, les transformateurs disjonctent et tombent en panne. Tous les foyers, tous les bureaux, toutes les usines sont subitement privées d’électricité. Tout s’arrête, se fige. Peu importent alors les autres priorités .Il faut rétablir d’urgence le courant.
Cette situation ressemble de près à celle que nous vivons avec la crise bancaire.
BANQUE DE DETAIL ET BANQUE D’INVESTISSEMENT
Les Banques font partie d’un système dont l’activité est de mettre la monnaie et les moyens de paiement à la disposition de tous. Elles offrent également les services financiers de crédit et d’épargne pour les particuliers et les entreprises.
L’importance des capitaux qu’elles gèrent pour le compte de leurs clients et les besoins des grandes entreprises les conduisent à mener leurs activités à plusieurs niveaux : d’abord au niveau local dans ce qu’il et convenu d’appeler « la banque de détail » mais aussi sur les places internationales dans ce qui est dénommé « banque de financement et d’investissement» Ces activités de détail et d’investissement qui pourraient être en continuité sont en fait séparées tant dans leurs techniques que dans les comportements de leurs collaborateurs.
Les Banques de détail gèrent des millions de clients, de nombreux comptes, de dépôt, de crédit et d’épargne. Avec une attitude commerciale, cette activité est cependant assez proche d’une grande administration.
Les Banques d’investissement gèrent les grands comptes client-entreprises et institutions ainsi que les capitaux globaux que la banque de détail a collectés afin de les investir ou de les placer pour partie sur les marchés financiers auprès d’autres banques ou entreprises. Elles rajoutent de plus en plus à ces activités des opérations de placements, de garanties ou de couvertures qu’elles font pour elles mêmes ou pour le compte de leurs clients ; elles transforment par exemple en titres, en actions certains prêts au logement réalisés par les banque de détail qui souhaitent les sortir de leurs comptes. Bien que complexes et plus risquées, ces opérations sont en principe aussi plus rémunératrices si on les comprend et si elles se terminent bien. Notons que la crise actuelle vient de certaines de ces opérations mal terminées.
Ces deux formes de banque peuvent prendre des formes et des organisations différentes : elles peuvent coexister dans la même entité juridique et sont alors des départements administratifs distincts. Une meilleure coordination est sensée résulter de cette organisation dans laquelle la banque d’investissement utilise en direct le fonds de commerce, la collecte et la puissance financière du groupe. C’est par exemple le cas de BNP Paribas
Dans un autre cas voisin de celui-ci, banque de détail et banque d’investissement sont des entités juridiques différentes dans un même groupe bancaire. Ce modèle doit en principe permettre un meilleur contrôle car le groupe doit alors contractualiser ses relations avec chacune de ses entités. C’est le cas de la Société Générale avec SGI (Société Générale Investment Banking) et du Crédit Agricole avec CALYON ;
Enfin il existe des banques de détail et des banques d’investissement indépendantes. Ce modèle fréquent aux USA était en particulier adopté par les ex meilleures banques d’investissement du marché. Lehman, Goldman, Morgan…sous des formes juridiques diverses.
DES RESEAUX DE BANQUES INTERCONNECTES
Un contrôle très strict, bien que différent selon les pays pèse sur les banques, de la part des Etats et des organes de régulation. Par ailleurs, les Banques Centrales des Etats BCE pour l’Euro, FED pour le Dollar, BOE pour la Livre, assurent aussi un contrôle des banques. Les banques centrales assurent également la trésorerie des banques, celle du marché interbancaire et celle, en « dernier ressort », lorsque une banque déterminée ne trouve plus personne pour lui prêter.
Pour la mise à disposition de la monnaie et pour leur bon fonctionnement les banques sont organisées en systèmes, en réseaux totalement liés et interconnectés…comme dans le réseau électrique. Dans ce système les banques s’échangent chaque jour selon leurs besoins ou selon les opportunités des capitaux de durée variable, de quelques heures à plusieurs jours et même à plusieurs années. Ces échanges se font soit en face à face, soit sur les marchés monétaires et financiers. Malgré leur séparation technique les capitaux collectés à la base par la banque de détail, sont aussi utilisés au sommet par la banque d’investissement.
Par ailleurs les banques mêmes les indépendantes sont reliées entre elles par des relations d’affaires comme par exemple des participations communes dans les mêmes opérations ou sur plusieurs clients.
Dans un tel système on comprend alors que les dépôts des clients sont bien réels et même garantis mais ils ne sont pas nécessairement disponibles et récupérables tous au même moment. Si une trop forte demande de remboursement survient, les banques doivent avoir le temps de récupérer les fonds placés dans d’autres banques, ou dans d’autres opérations dans le cadre d’une bonne gestion de la trésorerie et des capitaux. Faut il que ces autres banques puissent et veuillent s’exécuter.
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LE SYSTEME DISJONCTE
Sans revenir ici sur les origines de la crise actuelle on comprend que, quand dans un secteur déterminé, -les crédits au logement américains dits subprimes- ou dans une technique déterminée, -la vente sur les marchés des contrats concernant ces prêts (titrisation)- on enregistre un défaut de paiement, un non remboursement de prêt, (un court circuit électrique), de la part d’une banque, c’est progressivement et à la suite d’opérations en cascade, tout le système qui disjoncte et tous ceux qui y sont raccordés, au premier rangs desquels se situent bien sur les clients mais aussi les autres banques et tous leurs clients.
On ne peut pas en effet couper instantanément le fonctionnement d’une banque sans entraîner une réaction en chaîne sur les autres et la mise en faillite, qui suit naturellement le défaut de paiement n’est pas adaptée aux banques car, dans ses formes actuelles elle ne règle rien ; au contraire, elle aggrave la situation et transmet les difficultés aux autres. Par ailleurs la faillite d’une banque augmente la méfiance des autres qui refusent alors de se financer mutuellement. Il faut donc réparer sur le champ. C’est ce qu’on fait les américains en nationalisant certaines banques, ou institutions avant leur mise en faillite et en facilitant la reprise par d’autres. C’est ce qu’on fait les anglais et plus récemment le Bénélux et la France avec Fortis et Dexia, car seuls actuellement, les Etats ont les moyens financiers et l’autorité suffisants pour réparer les dégâts. Sans de telles interventions c’est l’ensemble du système monétaire et financier mondial qui, par le jeu des défaillances en cascade s’effondre.
UN RISQUE DE SITUATION INSURECTIONNELLE…
C’est alors le salaire mensuel qui n’arrive plus sur le compte du salarié et son épargne qu’il ne pourra pas récupérer à ce moment, alors que probablement, l’administration de faillite exigera qu’il rembourse les prêts que la même banque lui avait accordés. Dans ces conditions il ne pourra plus payer son loyer ni ses primes d’assurances etc. …il ne pourra pas payer la voiture d’occasion achetée à son voisin ni recevoir le paiement de celle qu’il vient de vendre…il ne rendra pas à son frère l’argent qu’il lui avait emprunté provisoirement. On imagine alors la situation insurrectionnelle résultant d’un tel effondrement bancaire et financier.
…QUE SEULS LES ETATS PEUVENT ACTUELLEMENT CONTROLER
La monnaie le système financier et les banques ont pour ces raisons, toujours étés très surveillés et contrôlés voire nationalisés par les Etats qui ont même prévu de limiter les pertes et désagréments résultant d’éventuelles faillites bancaires et de donner à leur banque centrale telle la Banque Centrale Européenne la mission de banque des banques et de préteur de dernier ressort. : ainsi le Fonds français, garantie les dépôts bancaires jusqu’à 70000E par client et par banque à la suite de procédures probablement lourdes et longues. Ainsi, la Banque Centrale Européenne alimente la trésorerie des banques et est leur préteur ultime, « de dernier ressort ». Cette dernière qui alimentait le marché par ses prêts direct à une sélection de 130 banques vient d’élargir ses services aux 1700 banques européennes.
On comprend alors l’insistance du gouvernement des USA pour obtenir de son Congrès les moyens financiers suffisants afin de fournir à temps, aux banques défaillantes les capitaux et les garanties nécessaires au comblement de leurs pertes et la trésorerie qu’il leur manque pour honorer leurs échéances. On comprend aussi les réunions d’urgence des Chefs d’Etat Européens du G8 et leur position unie de soutien des banques européennes.
Il faut donc sauver les banques pour la sécurité financière de leurs clients mais aussi et surtout pour la sécurité publique…avant de réformer.